Regards croisés entre philosophie et coaching.

La liberté du questionnement, art du discernement

On lit très souvent, si ce n’est partout, que le coaching est une forme de maïeutique à la Socrate. Ce grand est considéré par de nombreux coachs comme le ‘’premier coach’’ ! Ce qui est pointé ici (pour ceux qui débutent en philo ou en coaching), c'est l'art du questionnement.

Pourtant, en relisant le Théétète (149c), le lecteur notera que Socrate oriente son interlocuteur, et que cela n'a pas grand-chose à voir avec la posture du coach qui vise à accompagner une personne dans son autonomie pour qu'elle soit responsable.

En fait, Socrate cherche avant tout à aiguiser chez ses disciples leur sens du vrai. Le ‘’je sais que je ne sais rien’’, cette célèbre déclaration de Socrate à la Pythie, qui ne reflète ni modestie, ni humilité, mais qui signifie au contraire que Socrate considère qu’il s’est tellement frotté au sens du vrai que son exigence ne peut plus se contenter des apparences du vrai.

 Au-delà de la maïeutique, ce regard croisé entre ''Philosophie'' et ''Coaching'' me porte surtout sur un autre point commun entre coach et philosophe : l’étonnement et le discernement. Cette liberté du questionnement qui ne s’arrête devant rien.

Qu’il s’agisse de Platon, qui écrit dans le Théétète (155de) : ‘’Il est tout à fait d’un philosophe, ce sentiment de s’étonner’’, ou d’Aristote dans la Métaphysique (A,2, 982b), qui dit que ‘’c’est l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques’’. Il est incontestable que l’étonnement est au cœur de la pensée philosophique.

La capacité à s’interroger sur une évidence aveuglante. C’est ce que doivent (et savent) faire le coach et le philosophe.

Jeanne Hersch, dans L’Etonnement philosophique, affirme que l’étonnement est essentiel à la condition d’homme: ‘’il nous faut dépouiller l’arrogance de l’adulte, qui considère tout le passé avec condescendance, du haut de la magnificence de la science moderne’’.

Je considère que cette capacité d’étonnement et de discernement est une des qualités du coach et du philosophe. Toutes proportions gardées chacun dans leur domaine bien entendu, ils sont capables de dépasser ce qui va sans dire pour poser des questions fondamentales dans la vie quotidenne.

Sur le discernement, citons aussi les propos d’Epictète d’il y a 2000 ans, rappelant cette nécessité de discerner ce qui dépend de nous vs ce qui ne dépend pas de nous.

Cette notion est fondamentale en coaching. Elle est utilisée dans la définition des objectifs, mais aussi pour recentrer le sujet afin de l’amener à prendre conscience de ce qui dépend de lui et de ce sur quoi par conséquent il peut agir. Ainsi, Epictète nous dit (Manuel, Chapitre 1, 1-5) : ‘‘Dépendent de nous : jugement de valeur, impulsion à agir, désir, aversion, en un mot, tout ce qui a affaire à nous. Ne dépendent pas de nous, le corps, nos possessions, les opinions que les autres ont de nous, les magistratures, en un mot, tout ce qui n'est pas notre affaire à nous.’’ 

Enfin, cet étonnement et ce discernement, je le trouve aussi extrêmement présent dans ‘‘la carte n’est pas le territoire", un des présupposés de la PNL (Programmation Neuro Linguistique). Car ce modèle rappelle au coach qu’il ne faut pas confondre notre propre représentation du monde, la carte, avec la réalité de ce monde, le territoire. Et c’est bien une forme de discernement qui est aussi à l’origine de ce concept. Je discerne qu’il y a un seul territoire mais une infinité de cartes. On doit toujours garder en tête que notre carte est incomplète et que nos biais troublent notre jugement.

Ce premier regard croisé, c'est donc celui d'une attitude et du discernement. Dans un prochain regard croisé, nous pourrons interroger la ou une finalité de la pratique du coach et du philosophe, avec un autre point de convergence qui pourrait être celui de l’apprentissage de soi. A suivre donc : ’Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui’’ nous disait Ricoeur.

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